Formation initiale premier degré : réflexions et propositions

De longue date, la question de la formation initiale fait débat, avec un constat qui s’étend sur plusieurs décennies : elle n’est pas satisfaisante, pour ne pas dire nocive. Nous profitons de la remise du rapport du comité de suivi sur la formation initiale des PE le 21 juillet au ministre pour faire un point sur la question.

UN CONSTAT PARTAGÉ
Les retours d’enquête du SNALC, les échanges de vive voix avec les collègues, la lecture des témoignages sur internet, tout ou presque concorde vers une très forte insatisfaction de la profession au sujet la formation initiale. Les principaux griefs sont connus de longue date : formation trop théorique et trop peu pratique, formateurs coupés du terrain, exigences démesurées, parti-pris pédagogique flagrant, chantage à la titularisation, charge de travail trop lourde. De fait, malgré les changements de formules, on retrouve depuis très longtemps les mêmes problèmes.
S’il est évident qu’un métier aussi riche et complexe que le métier d’enseignant ne peut entièrement s’apprendre et se maîtriser en deux années, il est indispensable que la formation initiale délivre au moins des bases solides et des pistes et outils immédiatement utilisables. C’est rarement le cas.

Des journées entières perdues en discours pontifiants et lénifiants, la lecture ad nauseam des programmes, des cours vides de tout contenu : le constat est implacable. En revanche, aucune formation sérieuse sur la psychologie de l’enfant et de l’adolescent, le fonctionnement du cerveau, les grands courants de la pédagogie avec leurs avantages et inconvénients. Pour faire bref, la formation initiale est un des points noirs de l’Éducation nationale.

LES PRINCIPALES PROPOSITIONS DU COMITÉ DE SUIVI
Le comité de suivi formule douze propositions, sans trancher sur la place du concours (avant le Ml, entre Ml et M2, etc.). En particulier : préciser les compétences attendues d’un PE à l’entrée du métier; placer l’expérimentation et l’analyse des situations d’apprentissage au cœur de la culture professionnelle des PE; proposer dès le début de la licence des parcours de préprofessionnalisation; instaurer dans les apprentissages une progressivité par niveaux et paliers; intégrer les approches scientifiques au cœur de la formation; favoriser l’engagement du futur professeur dans son parcours de formation et de titularisation.

Si certains points peuvent nous convenir, la question est trop fondamentale pour que nous ne soyons pas extrêmement vigilants, et le SNALC a ses propres propositions et idées qu’il ne compte pas galvauder. La lecture des principales propositions listées dans le paragraphe précédent nous incite à la plus grande prudence.

PREMIÈRES ANALYSES DU SNALC
Le premier point concerne l’articulation entre théorie et pratique. Il est fondamental que la formation soit beaucoup plus pratique et concrète. Davantage de temps d’observation dans les classes, davantage de temps pour préparer des séances, apprendre progressivement à gérer une classe, préparer une progression. La bienveillance avec laquelle on nous rebat les oreilles doit s’appliquer aux stagiaires, qui doivent avoir le temps de s’approprier le métier.

Surtout, au-delà des détails techniques, il doit être question d’un changement profond de logique. Il est plus que temps que le dogme inamovible du constructivisme et de l’innovation pour l’innovation soit remis en cause. Son corollaire — tout échec d’un élève est la résultante de l’échec du professeur et de sa pédagogie et uniquement cela — doit cesser immédiatement.

Il est temps également que la formation initiale présente les différentes pédagogies, les connaissances nécessaires aux stagiaires, des exemples concrets et pratiques, des outils, des pistes afin que ceux-ci se constituent une « boîte à outils» pédagogique dans laquelle ils pourront piocher en fonction des classes, des contextes d’exercice. Il n’existe aucune méthode parfaite, aucune méthode à rejeter totalement d’emblée. La formation doit être pluraliste et armer les stagiaires pour qu’ils puissent exercer leur métier avec plaisir et efficacité.

C’est pourquoi le SNALC, syndicat de propositions, a pris les devants en rédigeant un ouvrage pour combler les lacunes de la formation.

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